L’effet de marée : la preuve physique que tous les mouvements ne se valent pas
Bonjour,
Dans votre réponse à mon précédent message, intitulé
« Si ! Si ! » : une argumentation presque impériale, vous écrivez :
Dick a écrit :
Ce qui est affirmé sans preuve peut être rejeté sans preuve.
Cette phrase signifie qu’il n’y a pas de raison de croire à quelque chose qui n’a aucun fondement, et que celui qui rejette n’a pas à apporter des preuves pour justifier ce rejet si aucune preuve n’a été apportée pour justifier la croyance.
Or, lorsque j’avais écrit :
Ph de Bellescize a écrit :
Il est tout à fait possible qu'un mouvement relatif à une structure physique de l'espace puisse produire une modification des propriétés des corps.
vous aviez répondu :
Dick a écrit :
Il est impossible qu'un mouvement relatif à une structure physique de l'espace puisse produire une modification des propriétés des corps car « le mouvement est comme rien ». Le terme « en mouvement » n’a aucune signification ; tous les corps sont en mouvement par rapport à une infinité de référentiels.
J’avais alors apporté la précision suivante :
Ph de Bellescize a écrit :
Dire qu’un corps est « en mouvement » sans préciser par rapport à quoi est effectivement insuffisant. Mais cela ne permet pas de conclure qu’un mouvement relatif à une structure physique déterminée serait nécessairement dépourvu de tout effet.
Ce à quoi vous avez simplement répondu :
Dick a écrit :
Si !
Pourtant l’effet de marée fournit précisément un exemple physique montrant que la situation d’un corps relativement à une structure gravitationnelle déterminée peut produire des effets bien réels sur ce corps.
Lorsqu’un corps étendu se trouve dans un champ gravitationnel non uniforme, toutes ses parties ne subissent pas la même accélération. La partie la plus proche de l’astre est davantage attirée que la partie la plus éloignée. Le corps peut alors être étiré dans une direction et comprimé dans les directions perpendiculaires.
Lorsque cet effet devient suffisamment intense, il peut provoquer un véritable déchirement gravitationnel. À proximité d’un trou noir, on parle parfois de « spaghettification ».
En relativité générale, les différentes parties du corps suivent des trajectoires de chute libre voisines qui convergent ou divergent sous l’effet de la courbure de l’espace-temps. Cette différence entre les trajectoires produit une déformation physique mesurable, pouvant aller jusqu’à la dislocation du corps.
Il faut certes distinguer ici le mouvement du corps, sa position et la variation du champ gravitationnel le long de sa trajectoire. L’effet de marée ne démontre pas, à lui seul, l’existence de la structure physique particulière de l’espace que j’envisage. Il suffit néanmoins à montrer que la situation d’un corps relativement à une structure physique déterminée peut entraîner une modification de son état physique.
Tous les mouvements relatifs à des référentiels arbitrairement choisis ne sont donc pas nécessairement équivalents à la relation d’un corps avec une structure physique réelle. Si une telle structure existe — ici, une structure gravitationnelle non uniforme —, la relation du corps à cette structure peut avoir des conséquences physiques objectives.
Vous aviez également répondu à une autre interrogation que j’avais formulée :
Ph de Bellescize a écrit :
Une autre question se pose alors : une telle théorie peut-elle être fondée sur une théorie améliorée de l’éther, ou faut-il adopter une conception entièrement relationnelle de l’espace et du mouvement ? Ces deux possibilités sont-elles réellement opposées, ou bien l’une correspond-elle à un niveau de description plus fondamental que l’autre ?
Dick a écrit :
C’est une question inutile.
Au regard de ce qui vient d’être précisé, cette question n’est pas aussi inutile que vous l’affirmez. Dès lors que la relation d’un corps à une structure physique réelle peut produire des effets objectifs, il devient légitime de s’interroger sur la nature de cette structure : s’agit-il d’un milieu physique comparable à un éther, d’une structure relationnelle entre les corps, ou de deux niveaux de description susceptibles de s’articuler ?
L’exemple de l’effet de marée ne permet peut-être pas, à lui seul, de trancher définitivement entre ces différentes conceptions. Il constitue néanmoins un élément pertinent pour les départager, puisqu’il montre que la relation d’un corps à une structure physique déterminée peut produire des effets objectifs. La question de la nature de cette structure possède donc une véritable portée, aussi bien physique que conceptuelle.
Cordialement
Philippe de Bellescize