Bonsoir FXC,
Merci pour votre réponse, que j'ai lue avec beaucoup d'intérêt.
Vous soulevez plusieurs questions importantes. Je ne répondrai ici qu'à une partie de votre message afin de ne pas mélanger les différents niveaux de la discussion. Nous pourrons revenir ultérieurement sur les autres aspects que vous abordez, notamment votre approche ESG/CBT, le rôle de l'état quantique global et l'émergence de la géométrie.
FXC a écrit :
Il me semble que votre objection ne porte pas vraiment sur la causalité relativiste, mais sur le statut ontologique des lignes de simultanéité.
Je pense que cette remarque constitue déjà une première réponse importante à mon objection.
En effet, mon raisonnement distingue explicitement le "niveau opérationnel", le "niveau logique" et le "niveau ontologique".
Au niveau opérationnel, je ne conteste pas que la relativité fournisse des procédures cohérentes pour synchroniser les horloges, attribuer des coordonnées aux événements et effectuer des prédictions expérimentales. Je reconnais également que nous ne disposons d'aucun moyen parfaitement fiable pour déterminer directement si deux événements distants sont rigoureusement simultanés.
Mon objection porte sur un autre niveau.
Si l'invariance de la vitesse de la lumière en aller simple est considérée comme une propriété physique, alors elle implique la relativité de la simultanéité au niveau physique.
Or l'objection de la navette et du missile montre que cette relativité de la simultanéité, lorsqu'elle est interprétée comme décrivant directement l'état physique du monde, conduit à une contradiction logique. Un même observateur, après un changement de référentiel, est conduit à attribuer deux états incompatibles à une même réalité physique.
Dès lors, puisque la relativité de la simultanéité au niveau physique découle de l'invariance de la vitesse de la lumière en aller simple, c'est également cette invariance, comprise comme propriété physique universelle, qui se trouve remise en cause.
Par conséquent, c'est aussi la causalité relativiste qui est indirectement concernée, puisqu'elle repose sur cette invariance.
Je pense cependant qu'il est important de distinguer deux sens du mot « causalité ».
La causalité relativiste décrit les relations entre un antécédent et un conséquent dans le cadre géométrique de l'espace-temps, par l'intermédiaire de l'invariance de la vitesse de la lumière et de la structure des cônes de lumière.
Mais pour qu'un antécédent produise un conséquent, il faut encore qu'il existe une réalité physique qui se comporte effectivement de telle ou telle manière.
Autrement dit, la causalité au sens fondamental est plus profonde que la causalité relativiste. Elle cherche à rendre compte non seulement des relations entre les événements, mais aussi de l'existence même des êtres et de ce qui détermine leur comportement.
C'est précisément à ce niveau que se situe ma réflexion.
FXC a écrit :
Il est peut-être inutile de choisir entre univers-bloc, présentisme ou simultanéité absolue.
C'est précisément sur ce point que je ne partage pas votre conclusion.
À partir du moment où l'on parle de réalité physique, il n'existe logiquement que deux possibilités : soit un corps ou un événement existe à un instant donné, soit il n'existe pas.
Il n'existe pas de troisième possibilité.
C'est ce que met déjà en évidence l'expérience du train d'Einstein. Lorsque les deux observateurs se croisent, si l'on considère qu'un rayon lumineux situé à l'arrière sur les voies possède une existence physique vis-à-vis de l'observateur de la gare, alors il n'existe que deux possibilités : soit ce même rayon existe également, à cet instant, vis-à-vis de l'observateur du train, soit il n'existe pas. Il n'y a pas de troisième possibilité.
Cette absence de troisième possibilité ne résulte pas d'une convention de synchronisation, mais du principe même d'existence. Un être existe ou n'existe pas. C'est une conséquence du principe du tiers exclu.
Pour éviter de partir d'un présupposé métaphysique, je n'ai pas posé d'emblée l'existence d'une simultanéité absolue. J'ai procédé autrement : j'ai admis provisoirement la relativité de la simultanéité au niveau physique, puis j'ai montré, avec l'objection de la navette et du missile, que cette hypothèse conduit selon moi à une contradiction.
Par réduction à l'absurde, il ne reste donc que l'autre possibilité : l'existence d'une simultanéité absolue au niveau physique, c'est-à-dire d'un présent physique commun.
Cela ne signifie évidemment pas que nous disposions d'une procédure opérationnelle permettant de déterminer parfaitement cette simultanéité. La question de la mesure et celle de l'existence physique relèvent, à mon sens, de deux plans distincts.
Je pense que ce point mérite d'être clarifié avant d'aborder les autres aspects, très intéressants par ailleurs, de votre approche ESG/CBT.
Cordialement
Philippe de Bellescize