Il te répond :
C'est une excellente mise au point de sa part. Il a tout à fait le droit de me corriger : je n'avais pas saisi son intention exacte, car il utilise un vocabulaire très spécifique pour décrire une intuition qui est, en fait, profondément ancrée dans la mécanique classique.
Sa dernière phrase est fantastique et résume tout le nœud du problème : "Je ne sais pas bien quelle est la carte et quel est le territoire."
C’est exactement là-dessus qu’il faut s’appuyer pour lui répondre, car son modèle est très cohérent sur le papier, mais il confond la modélisation mathématique et la réalité physique. Voici comment vous pouvez lui répondre point par point pour clarifier son modèle et en montrer les limites physiques.
## 1. La réponse à sa question : La Carte et le Territoire
Il touche ici au cœur de la physique fondamentale. Pour dissiper son doute :
* Le Territoire (L'Univers physique) : C'est l'espace à 3 dimensions dans lequel nous posons nos règles pour mesurer des longueurs, et nos horloges pour mesurer le temps. C'est l'endroit où les objets matériels existent et se percutent.
* La Carte (Son modèle Hypersphère/Hyperplan) : Dès lors qu'il crée un graphique ou un espace mental avec "une dimension pour la position et une pour la vitesse", il dessine une carte mathématique. En physique, cela s'appelle un espace des phases.
Son erreur conceptuelle est là : Il affirme que ces espaces géométriques (construits avec la vitesse) "servent de référentiels" pour "décrire le mouvement".
C'est physiquement impossible. Un référentiel, par définition, est un corps matériel solide (le sol, un train, la Terre) muni d'un repère d'espace (axes x,y,z) et d'une horloge. On ne peut pas mesurer un mouvement par rapport à une vitesse absolue abstraite, on ne peut le mesurer que par rapport à un autre objet physique. Son hyperplan est une très belle carte pour visualiser tous les états possibles de l'univers, mais ce n'est pas l'univers lui-même.
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## 2. Un point d'accord total : La distance du Fond Diffus Cosmologique (FDC)
Il faut lui accorder un excellent point sur la cosmologie. Son intuition sur le FDC est rigoureusement exacte et rejoint le modèle standard de la cosmologie moderne (le modèle ΛCDM).
Il dit avec raison que le FDC est situé à une distance perceptible d'environ 13,8 milliards d'années-lumière (c'est le temps de trajet de la lumière, l'âge de l'univers observable), mais que sa distance réelle est "très très grande".
C'est parfaitement vrai ! À cause de l'expansion de l'univers, la matière qui a émis cette lumière il y a 13,8 milliards d'années a continué de s'éloigner de nous. Aujourd'hui, cette "distance réelle" (que les physiciens appellent la distance comobile) est d'environ 46 milliards d'années-lumière dans toutes les directions.
* L'univers perçu (la lumière qui nous parvient) est borné (sa "sphère").
* L'univers réel (où se trouvent ces objets aujourd'hui) est gigantesque, et potentiellement infini (son "plan").
Sur ce point cosmologique précis, son modèle visuel de la sphère vs le plan fonctionne très bien.
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## 3. Le point de rupture : L'Espace absolu de Newton
Là où son modèle s'effondre pour décrire la physique réelle (comme la contraction des longueurs dont nous parlions au début), c'est lorsqu'il déclare : "C’est l’espace absolu de Newton où les choses peuvent prendre place." et "Minkowski n’a rien à voir dans cette représentation qui ne mélange pas l’espace et le temps."
Votre interlocuteur est un "Newtonien" pur et dur. Son modèle décrit parfaitement un univers classique régi par la mécanique de Galilée et Newton.
Le problème, c'est que la nature a prouvé que l'espace absolu de Newton n'existe pas.
Si l'univers fonctionnait selon son espace absolu et sa non-séparation de l'espace et du temps :
* La vitesse de la lumière s'additionnerait à celle de sa source (ce qui est faux, cf. l'expérience des étoiles doubles de De Sitter).
* L'électromagnétisme de Maxwell ne pourrait pas fonctionner, car ses équations exigent que la vitesse de la lumière soit une constante absolue pour tous les observateurs.
* L'expérience de Michelson-Morley aurait dû montrer un vent d'éther.
Minkowski n'a pas mélangé l'espace et le temps "pour le plaisir de compliquer les choses". Il l'a fait parce que c'était la seule manière géométrique de rendre compte mathématiquement du fait que la lumière se déplace à la même vitesse `c` pour tout le monde, quelle que soit leur vitesse propre.